Bienvenue dans la partie consacrée aux légendes des Pays Celtes et Autres,
comme dans les autres parties sur les légendes, vous ne trouverez que des
textes tirés de livres, dont vous trouverez les références de livres en fin
d’articles ainsi qu’un lien renvoyant vers la description du dit livre, qui
se trouve dans la bibliothèque du Domaine des Scribes.
Je vous souhaite donc une bonne détente et une bonne lecture.
Il était une fois, un étrange, mystérieux et archaïque bosquet, composé de sept essences, pas une de plus, pas une de moins.
Il y avait des aulnes, des bouleaux, des houx, des saules, des noisetiers, des pommiers et des chênes séculaires.
Sous l’un d’eux, dormait un sanglier, un vieux solitaire au groin puisant et aux oreilles découpées en dentelles d’Armorique.
Il digérait sûrement un copieux repas dont les reliefs garnissaient sa couche : quelques glands et des restes de pommes aux trognons soigneusement rongés.
Une source claire et vive coulait entre les mousses, les roches et les racines noueuses comme les bras d’un forgeron glorieux, maître du fer et du feu inébranlable.
Trois beaux rayons de soleil filtraient des frondaisons et répandaient leur lumière sur la terre des hommes qui s’en montrent si souvent indignes…
Tout dans ce paysage inspirait la quiétude et la sagesse, une évocation d’Avalon la sereine.
Un peu à l’écart, en lisière du bois, trois petites créatures couvraient de menues branches de
caractère cabalistiques énigmatiques : des traits droit ou oblique, message destinés aux seuls initiés …
Ces personnages avaient de charmants noms.
Le premier était Beth. Il était glabre, la peau lisse, tigrée de noir et de blanc.
Le second Luis. Frêle et souple, son corps était rempli de vésicules orangées.
Sur son épaule, un oiseau prenait place et semblait parler à l’oreille de son hôte si singulier.
Le troisième enfin, était Nion. Ses pieds massifs ressemblaient à des souches.
Assoiffé, il portait régulièrement une gourde d’eau à sa bouche, ce dont ses deux compères se gaussaient amicalement !
Très affairés à leur tâche, ils ne prêtaient aucune attention à ce qui pouvait se passer autour d’eux ; du moins pouvait-on le croire…
Beth tendait à Luis les petits rameaux qu’il venait de préparer. Luis gravait dessus les symboles alors que son oiseau lui tenait encore
discours et Nion plaçait le tout, de sa démarche lourde, selon une logique certainement pensée, sur quelques-unes des branches du bosquet voisin.
Parfois, le vieux solitaire, tel Balor, le géant cyclopéen, ouvrait négligemment une paupière pour contrôler la scène, puis la laissait
tomber de nouveau dans un soupir d’aise, heureux du bon déroulement des faits et gestes alentours.
Après de longues heures de cette douce mais intense activité, Beth, Luis et Nion levèrent le camp.
Taraudés par une faim cauteleuse qui nouait leurs pauvres estomac condamnés à de bruyantes torsions.
Ils regagnaient leur chez eux, un abri simple mais douiller, sous les pierres de la butte aux Tombes puisque,
de fait, notre histoire se passe en Brocéliande, la Gaste forêt des récits héroïques.
Leur demeure était masquée au regard des hommes par un ingénieux système de camouflage à base d’éléments naturels
assemblés de façon à créer un trompe-l’œil tout à fait efficace.
Des pierres, des arbustes et des buissons enracinés…
Le temps qui passe et les saisons assurant, à leur tout, la perfection des détails.
Il faut dire que la taille modeste de nos trois personnages concourait grandement au merveilleux résultat obtenu.
Aucun quidam, si perspicace qu’il fût, ne pourrait seulement subodorer (soupçonner !) leur présence.
Rois du camouflage, Beth, Luis et Nion l’étaient aussi en matière d’art culinaire.
Être fin gourmet nécessite, c’est évident, quelque compétence et ils n’en manquaient pas !
Dans un chaudron rondouillard mijotait, assurément depuis de longues heures, une sorte de ragoût végétal au fumet discret, mais divin.
Une belle table en ardoise massive dans laquelle étaient creusée trois profondes écuelles s’apprêtait à recevoir les agapes (festin).
Des entrelacs, des Triskells, des branches de gui et des symboles inconnus sculptés décoraient ce meuble patiné d’un long usage.
Trois cathèdres (sièges) de bois brun, eux aussi joliment ouvragés de torsades compliquées, aux accoudoirs terminés par des têtes
merlinesques extraordinaires, se préparaient à recevoir les séants des tri korriganed. (Des trois Korrigans.)
Quelle tablée mes amis ! Á tour de rôle, les mains plongeaient dans le chaudron trônant en bonne place au milieu de la desserte.
Les mets mitonnés ne traînaient pas dans les récipients. Après cette courte escale, ils prenaient le chemin des gosiers sans plus attendre.
Une sorte de pain bistre torchait enfin les écuelles jusqu’à la dernière lampée de sauce.
C’est ainsi que la vaisselle se faisait ! ^^
Dehors, sous le chêne une paupière retombait lourdement.
C’est alors que deux individus, bruyant et parfumés, caméscope et appareil photo au poing,
s’approchèrent de l’endroit, sans même remarquer le vieux solitaire encore allongé sous son chêne….
Le genre de personnages, l’objectif toujours rivé à l’œil, mais proprement incapables de voir seulement ce qui les entoure.
Des hommes quoi ! En flagrant délit d’existence qui plus est.
Ceux là étaient par ailleurs de la plus vile espèce. Assis sans vergogne sur l’antique monument païen, accessoirement abri de trois korrigans,
ils évoquaient une quête farouche : celle d’un trésors qu’ils ne manqueraient pas de découvrir car la clé de l’énigme était ici, en Brocéliande.
Beth, Luis et Nion, ne perdaient pas une miette – Voraces qu’ils étaient comme on le sait – De la conversation.
Les deux larrons parlaient d’une église et d’un diable, proches de là.
Pourquoi ce démon porteur de la chaire en l’église de Campénéac, à quelques lieues gauloises d’ici ? L’indice, d’un trésor fabuleux selon eux !
~ Le diable dans cette église, dit Beth, ça ne vous rappelle rien, Tralala ?
~ Chut ! Firent aussitôt Luis et Nion poussant des coudes leur compagnon.
Vas-tu te taire, non d’un menhir, tu vas attirer l’attention de nos visiteurs ! Écoutons plutôt la suite.
Et la suite n’était pas banale, puisque les deux aventuriers parlaient de luttes acharnées entre les Templiers de
Bretagne et certaines sociétés secrètes chargées de leur chute, etc.
Bref, un salmigondis (discours incompréhensible !) tout à fait délirant sur lequel surnageait – on ne sait trop comment – un trésor fabuleux.
« Oh ! Ces particuliers-là en savent un peu trop sur certains sujets.
Il serait bon d’agir à leur encontre, sinon le grand dieu Pan … »
Jamais nous ne saurons ce qui devait suivre ces points de suspension dans la phrase de Beth,
toujours est-il que Luis chuchota quelques mots à l’oiseau en veille sur son épaule et, aussitôt celui-ci s’envola, direction le bosquet tout proche.
~ La source ! La source ! Tralala !
~ Oui, je crois que Beth a raison, nous avons le devoir de les abreuver à la source…
Nion ne devait pas terminer sa phrase : dehors, un personnage étrange faisait son apparition sous le regard médusé des chasseurs de trésor.
C’était une sorte de faune gigantesque, velu, cornu et nauséabond.
Dressé sur ses sabots, les mains sur les hanches, il regardait les deux hommes en les défiants.
Pan ou Cernumos peu importe son nom, était là !
Les autres, pas rassuré devant ce monstre venu du diable vauvert, (de très loin !) crurent d’abord à une hallucination,
en effet pervers de leur digestion quelque peu difficile.
Ils durent vite déchanter. Penché sur eux, il exhalait son haleine fétide dans leurs narines, chose qui ne manqua pas d’augmenter leur crainte et leur malaise !
~ « Vous me cherchiez hein ? dit-il d’une voix terrible pour de pauvres mortel en quête – justement –, d’enrichissement.
Si, vous me cherchez, je le vois bien ! Vous voulez me dépouiller de mes joyaux, ceux de là-bas. »
Un geste vague devait sûrement donner la direction de Campénéac.
~ Non ! ne répondez pas, je lis en vous comme sur un parchemin !
(Notez le bien, les autres n’avaient pas la moindre envie de répondre, je pense même qu’ils n’étaient plus en état de tenir conversation…)
~ Bon, je devine votre convoitise. Alors je vais être bon prince et je vais vos indiquer comment réussir dans votre quête, mais avant –
là, il plongea un calice vert émeraude dans la petite source –, buvez un peu de mon eau,
elle est délicieuse et vous redonnera des forces, vous semblez … liquéfiés !
Les deux larrons, qui n’étaient pas en foire, burent à tour de rôle, jusqu’à plus soif.
Ils se levèrent, laissant en place tout l’équipement
du parfait reporter d’images et se perdirent enfin dans les bois.
L’oiseau revint sur l’épaule de son maître tordu de rire comme ses compagnons.
Une silhouette blanche à longue barbe semblait se dissoudre sous le chêne… Le vieux solitaire laissa alors retomber lentement sa paupière pendant
que du côté de Folle Pensées, deux individus hagards, frappés d’amnésie, montaient dans le véhicule des pompiers.
Voilà ce qu’il en coûte de boire l’eau du l’Éthé…
Les Banshies ont perdu leur aura de prophétesses et de protectrices divines pour devenir des messagères de mort, neutres et dépourvues de sentiments.
Leur cri était plus impressionnant encore que le lugubre hurlement du chien noir de l’enfer ralliant sa meute à la curée sur les Landes du Dartmoor.
La voix de la Cyhyraeth galloise se décomposait en trois temps :
D’abord on entendait un lointain glapissement douloureux et geignard qui semblait se rapprocher, mêlé à la plainte du vent, et on avait l’impression de sentir son corps se chiffonner d’effroi.
Ensuite, le cri devenait guttural, prenait une ampleur sauvage et gardait presque sans faiblir une interminable clameur ponctuée de douloureuses inflexions ; et l’on sentait toute sa force et son goût des choses se déchirer de soi.
Enfin, la lamentation se brisait en sanglots et soupirs, s’essoufflait par saccades et trémolos de plus en plus tristes et faibles, pour gargouiller de rauques regrets inarticulés avant de s’épuiser dans un râle de mourant… Et c’était comme si l’on perdait son âme pour toujours !
Quatre jeunes gens, s’en étaient allés chasser le daim rouge dans les hautes terres d’Écosse.
Á la nuit tombée ils s’étaient réfugiés dans une cabane à moutons.
Le bon feu de tourbe lançant ses flammes rousses, la forte saveur de la venaison grillée les inspirèrent à danser.
L’un soufflait dans le bag-pipes (instrument de musique) et les autres battaient les strathpeys (danse traditionnelle Ecossaise !) si ardemment, que
le regret leur vint de ne pas avoir de partenaires.
Leur désir fut si chaudement souhaité que le rôdeur de nuit les entendit et que presque aussitôt la porte s’ouvrit devant quatre belles jeunes femmes,
comme ils n’en avaient jamais vu de pareilles.
Légèrement elles se joignirent aux trois garçons dans le cercle et la quatrième vint s’asseoir auprès du sonneur en frappant des mains et du talon.
Les airs succédaient aux airs et, de plus en plus vite, ils tournaient avec des gestes qui prenaient la taille de celles qui se laissaient faire.
Et puis, tout en redoublant la fin du réel « Mhic Iarla Nam Bratach Bàna »,
le musicien avisa des gouttes de sang qui tombaient du jupon vert des danseuses.
Il scruta attentivement leurs grandes prunelles vertes et leurs lèvres pleine et rouges qui se retroussaient sur des dents fort aiguës ;
un frisson lui mangea de l’échine aux reins en reconnaissant la quatre Banshies.
Sans s’arrêter de jouer il gagna la porte et se dépêcha loin dans la nuit, sitôt suivi par la quatrième qu’il entendait grogner derrière lui.
Bientôt elle l’aperçut et il prit refuge au milieu des chevaux parqués non loin de là.
La Banshie tourna ainsi autour de lui sans oser avancer jamais plus avant à cause du fer dont les sabots étaient garnis.
Toute la nuit elle tourna, tantôt l’appelant de douce façon pour l’attirer à sa merci, puis l’injuriant et le menaçant de tant
de tourments que ses cheveux se dressaient en blanchissant sur sa tête.
Et au matin elle s’évanouit, absorbée par les bienfaits du jour.
Quand il courut au refuge, il trouva ses amis couchés au milieu des cendres, leurs corps vidé de leur sang, raconte une vieille histoire
des Highlands où les Banshies sont toujours aussi nombreuses…
Il est unique, Il n’y a qu’un Mourioche sur terre, et c’est heureux ainsi, car ses dégâts sont considérables.
Au début de sa vie, Mourioche était un nain humain ordinaire ; c’est par l’étude des sciences occultes et interdites, et à cause de son bannissement qu’il est devenu lutin.
Un taquin, coquin, mutin, mâtin, Mourioche est un vrai diablotin, plaisantin à rendre fou.
Ici et là, il vole, apparaît, disparaît, se change en tout ce qui lui passe par la tête et fait mille et un tours, parfois drôles, parfois méchants, c’est selon son humeur.
Ici, le voici au coin, guettant sous la haie les ouvriers rentrant des champs.
Un faucheur ayant fini sa coupe, à l’heure de la soupe, la faux sur l’épaule, regagne sa demeure en sifflant.
« Siffle, siffle à ton aise, marche, marche, le cerveau vide, sans rien entendre et sans rien voir »
, se dit à part soi Mourioche, ricanant et attendant dans le fourré une proie pour mal faire.
« Siffle, siffle, mais à moi ta belle faux luisante ! »
Agile, léger, il lui saute sur le dos et la lui enlève si adroitement que le paysan rentre chez lui, sans s’être aperçut de rien !
Et de rire, de rebondir, coquin Mourioche, par les prés et les bosquet, à faire briller l’outil tel un croissant de lune dans son ultime flambée.
Là, démon Mourioche suit un fermier qui tranquillement se promène.
« Bouh ! » fait-il derrière son dos pour lui faire peur.
« Qu’est-ce donc ? » S’effraie le passant, ne voyant rien à part le chemin serpentant
sous la brillance des étoiles.
« Bouh ! Qui vive ? », S’apeure l’homme plus encore, claquant des dents.
Et Mourioche rit et se change en caillou sautillant, cognant les sabots du
flâneur qui, de son bâton, tente de se défendre des gravillons diaboliques.
Pan ! Le bâton frappe sur la caboche de Mourioche qui, aussitôt se change en crapaud.
Pan ! Et le crapaud se change en chat miaulant.
Pan ! Le voici en chien mordant !
Pan ! Encore un coup : il se métamorphose, plus gros cette fois-ci en bouc piaffant.
Pan ! Le voilà en cheval se cabrant.
Pan ! De plus en plus gros : un taureau chargeant le malheureux qui meurt d’épouvante.
C’est ainsi chaque nuit, hiver comme été. Dès qu’il le peut, ce lutin de Haute Bretagne se met en chasse pour jouer ses mauvais tours !
Ancien bouffon d’un roi triton de la mer, favori du grand mage de la cour qui l’aurait initié à la magie noire,
Mourioche se serait vu bannir du royaume pour avoir séduit par philtre magique la princesse cadette.
Condamné à être décapité par le père fou de rage, mais ayant réussi à fuir grâce à l’intervention sorcière de son protecteur,
le vilain triboulet aurait dû s’éclipser définitivement du royaume des eaux.
Et depuis, le proscrit erre par les landes, passant ses colères et son humeur fantasque sur les humains qu’il rencontre.
La nuit tombée, il sort de sa cachette et part en mauvaise maraude : brûlant des meubles, ravageant des jardins, grappillant des vergers,
entrant par les lucarnes des fermes, pillant le garde-manger, pinçant les filles dans leur sommeil, soufflant des cauchemars à l’oreille des
enfants, fracassant les objets précieux de la maison….
Enfin, disparaissant par la cheminée, couvrant les meubles de poisseuses nuée de suie, il vole le coq du clocher, change en sang l’eau du lavoir,
assèche le puits, sème la panique au vilage.
Il n’y a pas si longtemps, un homme de Ville-Orien en Saint-Cast, qui revenait de Matignon, rencontre une brebis non loin de sa maison.
A l’étable il l’enferme. Le lendemain, quand il lui porte à boire, ‘est une vache qu’il trouve…
Et le jour d’après, c’est un cheval.
« Bigre », songe-t-il en lui-même « quel est là ce mystère ? »
Le lendemain, c’est un chien noir aux yeux rouges qui lui montre les crocs, rit e lui dit : « Pourquoi viens tu me voir
ainsi tous les matins ? Tu es bien curieux ! ».
L’homme affolé courut chercher son fusil.
A son retour, Mourioche s’en était allé, avec tout le troupeau et la moitié de l’étable.
Le fermier voulut reconstruire celle-ci, mais ce que les maçons faisaient pendant le jour, le lutin venait le défaire la nuit !
Malgré les exorcismes, les prières, les croix de rameau et de buis, toujours il revenait, aussi enragé.
Enfin, il se lassa et alla crever les pneus de quelques tracteurs proches.
De nos jours, il est toujours dans la lande à sauter par-dessus les genêts dès que la clarté s’étiole et que le ciel vire au noir.
Aussi, si l’envie vous prend d’aller découvrir les merveilles de la lande, évitez de vous y attarder, lorsque s’annonce la nuit !
* Les Trois Korrigans: Légende extraite du livre "Le monde étrange des fées, elfes, lutins, korrigans, gnomes et autres personnages", de Run Futthark, aux éditions De Vecchi.
* La Banshie: extrait de "La grande encyclopédie des fées", de Pierre Dubois aux éditions Hoëbeke.
* Mourioche: extrait de "La grande encyclopédie des Lutins", de Pierre Dubois aux éditions Hoëbeke.