Le taoïsme (« enseignement de la Voie ») est à la fois une philosophie et une religion chinoise. Plongeant ses racines dans la culture ancienne, ce courant se fonde sur des textes, dont le Dao De Jing (tao te king) de Laozi (Lao-tseu), et s’exprime par des pratiques, qui influencèrent tout l’Extrême-Orient.

Il apporte entre autres:
~ une mystique quiétiste, reprise par le bouddhisme Chan (ancêtre du zen japonais) ;
~ une éthique libertaire qui inspira notamment la littérature ;
~ un sens des équilibres yin yang poursuivi par la médecine chinoise et le développement personnel ;
~ un naturalisme visible dans la calligraphie et l’art.
Ces influences, et d’autres, encouragent à comprendre ce qu’a pu être cet enseignement dans ses époques les plus florissantes.
Le taoïsme est la tradition de la philosophie et de la religion chinoises apparue vers le IVe siècle av. J.-C. Parmi les écoles de pensée spécifiquement chinoises, l’influence du taoïsme vient après celle du confucianisme.
Le taoïsme, au sens moderne du terme, comprend deux courants distincts : une école philosophique (le taoïsme philosophique)
née durant la période classique de la dynastie Zhou (Zhou occidentaux, 770-221 av. J.-C.) et un système de croyances religieuses
(le taoïsme religieux) élaboré sous la dynastie Han (206 av. J.-C.-220 apr. J.-C.) ; le taoïsme religieux provient de la révélation
faite par le sage Lao-tseu à un taoïste nommé Zhang Daoling (qui prétend avoir reçu ce message en 142 apr. J.-C., dans les montagnes du Sichuan).
Le taoïsme philosophique a été préservé, en dépit d’une multitude d’influences religieuses dérivées des croyances du paganisme chinois autochtone,
du chamanisme, de l’art divinatoire et de la superstition, tandis que le taoïsme religieux est aujourd’hui une doctrine inséparable de
la culture populaire chinoise.
Contemplation et retrait de la vie publique:
Le taoïsme philosophique se développe à partir de l’effervescence intellectuelle qui se produit sous la dynastie Zhou,
qui voit apparaître une multitude d’écoles philosophiques rivalisant pour conseiller les gouvernants sur la façon correcte
de vivre et de conduire les affaires dans un monde secoué par des changements politiques et sociaux.
Le mouvement trouve son origine dans la pensée de Yang Zhu (méprisé par Mencius qui dit de lui et de ses adeptes
« qu’ils n’auraient pas sacrifié un seul de leurs cheveux même pour sauver l’humanité tout entière »),
qui prône le respect de soi et le retrait de la vie publique, principes issus d’une ancienne tradition chinoise de mysticisme et de pratiques
contemplatives apparentées au yoga. C’est vers la fin du IVe siècle av. J.-C. que le philosophe Zhuangzi développe ce système de pensée.
L’essentiel des croyances taoïstes philosophiques et mystiques est consigné dans le Daodejing, ouvrage du IIIe siècle av. J.-C.
attribué à Lao-tseu, et dans le Zhuangzi, texte de paraboles et d’allégories datant également du IIIe siècle av. J.-C. et attribué
à Zhuangzi. Contrairement au confucianisme, qui presse l’individu de se conformer aux normes traditionnelles, le taoïsme maintient que
l’homme doit ignorer les exigences de la société pour chercher à se conformer uniquement au principe fondateur de l’univers, le Tao
(la « voie »), ineffable et inconcevable.
Pour être en harmonie avec le Tao, l’homme doit pratiquer le « non agir » (wuwei),
ou du moins rien de forcé, d’artificiel ou de non naturel. Par la conformité spontanée
avec les impulsions de sa propre nature essentielle et par l’abandon de toutes les doctrines
du savoir, l’homme réalise l’union avec le Tao et en retire un pouvoir mystérieux (De), grâce
auquel il arrive à transcender toutes les distinctions terrestres, même celle entre la vie et la mort.
Opposition nature / culture:
Les taoïstes ultérieurs considèrent ce pouvoir comme magique, alors que Lao-tseu et Zhuangzi désignent simplement par ce
terme la force et la compétence de l’individu véritablement naturel et spontané. Zhuangzi dénonce plus particulièrement
les affirmations de Confucius et de l’école de Mozi, qui prétendent que la raison humaine peut découvrir le Tao ;
il estime que les distinctions artificielles de la pensée conceptuelle sont responsables de la séparation de l’homme d’avec le Tao.
Sur le plan politique, les taoïstes prônent le retour à la vie agraire primitive.
Dans le Daodejing, le « non agir » s’applique aussi bien aux personnes privées qu’aux souverains,
qui n’ont rien à faire pour assurer que leurs sujets et eux-mêmes se fassent du bien spontanément.
Aussi méfiant vis-à-vis des concepts artificiels que Zhuangzi, Lao-tseu conseille aux gouvernants
d’œuvrer pour que le peuple ait l’estomac bien rempli mais la tête vide, car son ignorance garantit
qu’il n’ait pas de désirs. Il compare le commun des mortels aux chiens en paille utilisés dans les cérémonies
sacrificielles, qui sont traités avec grande déférence avant les rites et jetés une fois la cérémonie terminée.
L’État idéal de Lao-tseu est clairement la dictature d’un roi-philosophe sur un peuple soumis et passif.
Son influence est manifeste sur la philosophie totalitaire d’un tout autre genre, appelée le légisme, élaboré par Han Fei.
Cosmologie yin / yang:
Le taoïsme survit aux persécutions des philosophies sous la dynastie Qin (221-206 av. J.-C.),
qui unifie la Chine. La pensée de Lao-tseu est reprise par les courtisans de la dynastie Han
(206 av. J.-C.-220 apr. J.-C.), qui la relient aux légendes de l’empereur Qin Shi Huangdi et à
la cosmologie yin / yang du Tai Ji pour étoffer leur propre philosophie. Les Han postérieurs (23-220 apr. J.-C.)
assistent aussi à la fusion de certains aspects du taoïsme avec la religion chinoise, et les adeptes de nouveaux
cultes tels que les Turbans jaunes, dans le Shandong, précipitent la chute de la dynastie.
Après l’effondrement de la dynastie Han, le taoïsme philosophique devient la quintessence du
principe chinois de préservation de la vie privée et de « chacun pour soi » qui contraste avec
le formalisme confucéen orienté vers la vie publique. Le peuple suit le taoïsme religieux, alors
que la classe des lettrés, les mandarins, embrasse le taoïsme philosophique et assimile les spéculations
cosmologiques et scientifiques.
Alchimie et vœu d’immortalité:
Le taoïsme influence profondément la littérature, l’art et la science de la Chine.
Une chimie élémentaire se développe dans le cadre de la quête de l’immortalité par
l’utilisation de la magie et de certains élixirs, car les taoïstes tardifs interprètent
au pied de la lettre les références métaphoriques à l’autoperfectionnement.
Le parfait élixir d’immortalité est supposé être une pilule rouge de cinabre ;
de telles substances, à base de mercure, empoisonnent de nombreux empereurs qui ont
eu foi dans les mythes taoïstes. Les recherches taoïstes sont néanmoins à l’origine
de certaines des premières découvertes importantes de la science chinoise, mises en
lumière par Joseph Needham. Les expériences alchimiques conduisent, entre le IIIe et
le VIe siècle, au développement d’une variété de cultes destinés à prolonger la vie.
Ces pratiques finissent par constituer une véritable médecine, qui préconise des exercices
de respiration et de concentration réguliers pour prévenir les maladies et pour favoriser la longévité.
La poésie de Tao Yuanming et celle de Li Bo sont fortement marquées par le taoïsme,
alors que les peintures de paysages chinoises exploitent l’évocation taoïste de forces
naturelles et son culte de la vie champêtre.
Taoïsme et bouddhisme:
Le taoïsme et le bouddhisme chinois s’influencent mutuellement après la propagation du bouddhisme,
au IVe siècle apr. J.-C. Les premiers traducteurs de sutras bouddhistes utilisent les termes taoïstes
pour traduire les concepts complexes formulés en sanskrit. Suivant l’exemple bouddhiste,
le taoïsme développe une organisation apparentée à une communauté monastique.
Certains lettrés taoïstes prétendent même que le légendaire Lao-tseu aurait quitté
la Chine pour devenir le Bouddha, jusqu’à ce que, sous la dynastie Yuan, l’empereur
mongol Kubilaï Khan proscrive ce mythe en 1281. Le taoïsme est impliqué dans la grande
persécution de 842-845 des bouddhistes en Chine, ordonnée par un empereur taoïste de la
dynastie Tang tardive. Cependant, les spéculations taoïstes fusionnent aussi avec des concepts
bouddhistes pour donner naissance au bouddhisme chan, devenu au Japon le zen.
Taoïsme et philosophie du XXe siècle:
Les études savantes modernes ont révélé la profondeur philosophique du taoïsme originel,
ce qui a conduit certains à critiquer le taoïsme religieux pour avoir obscurci la philosophie
qui le sous-tendait. Martin Heidegger a tenté de traduire le Daodejing, et des réminiscences
taoïstes apparaissent fréquemment dans sa philosophie ainsi que dans les travaux de ses disciples.
La pertinence du taoïsme philosophique est aujourd’hui reconnue tout spécialement dans des domaines
relatifs à la philosophie du langage, à l’antirationalisme, au structuralisme, à la déconstruction ainsi
qu’à d’autres courants de la pensée moderne.