Le sikhisme est une religion monothéiste fondée dans le nord de l'Inde au XVe siècle par le Gurû Nanak.

Le mot sikh provient de la racine sanskrite « shishya » qui signifie « disciple ». L'expression du monothéisme des Sikhs réside dans le symbole ? - ik Ong Kar, que l'on peut traduire par "une seule (ik) conscience créatrice (ong) manifestée (kar)". La doctrine du sikhisme se base sur les enseignements spirituels des Dix gurûs, recueillis dans le Siri Guru Granth Sahib.
Les sikhs sont les adeptes de l’une des religions majeures de l’Inde, fondée au XVe siècle par Guru Nânak et développée à sa suite par ses neuf successeurs. Les sikhs comptent aujourd’hui environ 15 millions d’adeptes dans le monde, dont la plupart sont originaires de la région du Pendjab, dans le nord-ouest du Pakistan et dans les régions limitrophes de l’Inde, où les dix gourous fondateurs vécurent et enseignèrent. Cependant, l’émigration massive des sikhs au cours du siècle dernier a entraîné la constitution d’une grande diaspora aux quatre coins du globe. Le sikhisme reste principalement une religion du Pendjab.
Guru Nânak est à l’origine un membre du Sant, ou tradition de la nirguna bhakti, tout comme ses illustres prédécesseurs Kabir,
Namdev et Ravidas. La bhakti est une forme populaire et très répandue de dévotion au sein de l’hindouisme, qui admet aussi des
manifestations plus conventionnelles appelées saguna, dans lesquelles les fidèles recherchent l’inspiration religieuse et mystique
en tentant d’entrer en relation avec une des divinités hindouistes, généralement l’une des nombreuses incarnations ou avatars de Vishnou.
En revanche, la nirguna bhakti rejette le culte des divinités.
Bien que les Sant aient fait grand usage de la philosophie, ils ont écarté toutes les pratiques extérieures tels que le culte des divinités,
considérant les sacrifices rituels et les pèlerinages comme autant de diversions inutiles.
La tradition sant est généralement classée parmi les religions hindouistes, mais ses perspectives mystiques et
philosophiques sont apparentées à celles de la tradition soufie de la mystique musulmane, et en particulier à l’école
tariqa Chistiyyan dont les maîtres avaient fait de nombreux adeptes au Pendjab durant les XIIIe et XIVe siècles.
Natif d’une région politiquement dominée par l’islam, Guru Nânak, hindou à l’origine, avait puisé dans de nombreuses
traditions locales pour développer sa propre synthèse philosophique. À l’instar de tous ses prédécesseurs de la tradition
sant, il avait préféré s’exprimer directement dans le dialecte local du Pendjab plutôt que dans des langues savantes comme le sanskrit ou l’arabe.
Il en a résulté que ses enseignements furent immédiatement accessibles aux habitants de toutes les classes sociales du Pendjab.
Son recueil de poésie mystique constitue la base de toute l’activité religieuse dans les temples sikhs ou Gurudwara.
Rien n’indique que Guru Nânak se considérait lui-même comme un réformateur social ou le fondateur d’une nouvelle religion :
il disait simplement être un maître spirituel.
Ses disciples, surnommés « sikhs » ou « étudiants »,
constituaient une petite communauté de fidèles regroupés autour du maître en quête de pratique spirituelle.
Les successeurs de Guru Nânak introduisirent un certain nombre de changements structurels au sein du groupe,
s’éloignant de l’idéal de simplicité intérieure préconisée par le fondateur.
Des lieux de pèlerinages apparurent d’abord à Goindwal puis à Amritsar ; les dons des fidèles commencèrent à affluer ;
et la fonction de gourou fut dotée de plus en plus de pouvoir et de richesses.
L’Empire moghol était alors au faîte de sa gloire et de sa magnificence.
Le centre sikh d’Amritsar était situé à 50 km seulement de la capitale provinciale de Lahore.
Par conséquent, les gourous sikhs ne se contentèrent pas de jouer un rôle de plus en plus important
en matière de politique locale au Pendjab, mais ils furent aussi impliqués dans les affaires de politique impériale.
Ce fut notamment le cas lors du conflit autour de la succession de l’empereur Akbar, à sa mort en 1605.
Par la suite, les sikhs se reconstituèrent autour de deux mouvances opposées :
la tendance mystique contemplative prêchée par Guru Nânak, qui était demeurée une source constante d’inspiration spirituelle,
et une branche de plus en plus active et militante, voire militaire. Au cours du XVIIe siècle, les gourous sikhs firent sans cesse
la guerre contre l’Empire moghol, tout particulièrement vers la fin du siècle, au temps du dixième et dernier gourou, Govind Singh.
La plus importante contribution de Govind Singh (de son vrai nom Gobind Rai) à la tradition sikh fut la création de
l’ordre militaire des khalsa en 1699. Les membres de cette fraternité des « purs » devaient marquer publiquement leur
appartenance par les cinq « k » : kes (une longue chevelure jamais coupée), kangh
(un peigne en bois pour maintenir leurs cheveux bien soignés), kirpan (une épée), kara (bracelet métallique autour du bras de la main qui tient l’épée)
et kacch (longues culottes).
La mort de Govind Singh en 1708 donna lieu à de nouveaux changements.
Pour la grande majorité des sikhs, la disparition du dernier maître marquait la fin de la lignée des gourous vivants.
Le mouvement sikh connut une période de grande agitation au cours de la moitié du siècle suivant.
Govind Singh avait désigné Banda Bahadur comme successeur politique (mais non comme gourou).
Aussitôt rentré au Pendjab, Banda réussit à mener une révolte de paysans contre les Mongols.
Les autorités centrales mirent plusieurs années avant de pouvoir venir à bout du soulèvement
de Banda, qui fut exécuté à Delhi en 1716. La lente déchéance de l’Empire moghol, autrefois si
florissant, le rendait de plus en plus vulnérable aux attaques extérieures et aux rébellions internes.
Les Britanniques avaient commencé à étendre leur mainmise sur le sud et l’est. En 1738, l’armée perse
traversa le Pendjab pour piller l’Hindoustan. D’autres invasions suivirent au cours du siècle et, au fur
et à mesure que l’autorité impériale faiblissait, les misl, groupes armés constitués sur le modèle des khalsa,
prenaient le contrôle de la plupart des régions rurales du Pendjab.
Les misl n’étaient pas assez forts pour inquiéter les envahisseurs perses et afghans.
Cependant, ils harcelaient les convois des armées et profitaient du chaos politique,
comme ce fut le cas lorsque le chef des misl Sukerchakia, âgé de dix-huit ans, prit
le contrôle de la ville de Lahore en 1799. Ranjit Singh s’avéra être un homme d’État exceptionnel.
Il se proclama maharaja en 1801, puis entreprit de prendre le commandement de tous les autres misl,
bien qu’il n’ait eu en principe aucun pouvoir hiérarchique sur eux. Il parvint ainsi à étendre sa domination
sur la majeure partie du Pendjab et des territoires voisins.
Son puissant royaume, prospère et bien organisé, finit par s’étendre des rives de la Satlej au sud-est
(à la frontière du territoire britannique) jusqu’aux montagnes d’Afghanistan à l’ouest, en passant par
la vallée fertile du Cachemire et le Ladakh, situé bien plus au nord.
Le maharaja Ranjit Singh avait officiellement établi un royaume sikh au Pendjab, mais son régime n’avait rien d’une théocratie.
Les sikhs ne formaient au sein de la population qu’une petite minorité, qui ne jouissait d’aucun privilège sauf sur le plan militaire.
En effet, les musulmans et les hindous jouaient un rôle important au sein de l’État.
Ce fut bien plus la culture du Pendjab dans son ensemble plutôt que sa seule composante sikh qui bénéficia de la prospérité et du rayonnement du royaume de Lahore.
La prospérité du royaume prit fin à la mort de son maharaja en 1839.
D’interminables conflits de succession affaiblirent la structure de l’État, offrant aux Britanniques l’occasion d’envahir le pays.
En 1845, l’armée britannique traversa la Satlej, mais dut engager trois terribles campagnes pour venir à bout de la résistance
des habitants du Pendjab, qui furent vaincus en 1849 et virent leur province intégrée à l’Empire britannique.
Pendant le siècle de domination britannique qui suivit, la tradition sikh devait subir des changements encore plus radicaux.
Les enseignements de Guru Nânak étaient généralement reconnus comme source d’inspiration mystique au début de l’occupation britannique,
mais la communauté sikh n’était alors ni aussi forte ni aussi bien organisée qu’elle le devint par la suite.
Sur le plan de la pratique religieuse populaire, les différences entre les traditions sikh, musulmane et hindoue
du Pendjab n’étaient pas très bien tranchées.
La tradition des khalsa, seule véritablement distincte des autres, était tombée dans l’oubli mais elle devait bientôt connaître une renaissance.
L’affront de la domination étrangère inspira des mouvements politiques de réforme religieuse et nationale.
Au Pendjab, cette tendance se manifesta par l’apparition de formes résurgentes de groupes rivaux hindous, sikhs et musulmans.
Dès le début du XXe siècle, les sikhs tentèrent de « restaurer » leur religion
dans ses valeurs premières et sa pureté originelle.
Ils se tournèrent vers la tradition des khalsa, qu’ils considéraient comme la seule et unique tradition sikh légitime.
Par conséquent, ceux qui étaient restés fidèles aux enseignements de Guru Nânak furent méprisés et jugés comme réfractaires au changement.
En l’absence de démarcation claire entre les pratiques religieuses et sociales sikhs et hindoues, les réformateurs s’efforcèrent
de « redécouvrir » des rites exclusivement sikhs de naissance, de mariage et de funérailles, tentèrent
de supprimer les divisions
sectaires et cherchèrent à éliminer ce qu’il fut convenu d’appeler les « influences hindouistes »
du courant des sikhs gurudwara.
Le mouvement de réforme des gurudwara, au début des années 1920, précipita la crise.
Au grand désespoir des réformateurs, la plupart des officiants dans les temples gurudwara avaient toujours été des mahants,
voire des hindous, et non des khalsa ; il devenait donc urgent de les remplacer par des officiants issus de la nouvelle orthodoxie.
Cependant, les mahants ne se laissèrent pas faire facilement et, au fur et à mesure qu’ils devenaient la cible d’attaques parfois violentes,
ils demandaient la protection des tribunaux. En s’inspirant des méthodes non violentes de Gandhi, des volontaires tentèrent d’investir les
temples historiques gurudwara, mais ils en furent délogés par la police. Les autorités finirent cependant par céder, mais il y avait
eu 30 000 protestataires arrêtés et emprisonnés, 2 000 blessés et 400 tués durant ces opérations.
Les mahants furent expulsés des temples, au mépris de leurs droits de propriété, et les
temples historiques gurudwara remis aux mains d’un comité démocratiquement élu, dominé par
des membres de la nouvelle orthodoxie khalsa. Ce nouvel ordre est encore en vigueur de nos jours.
Le mouvement de réforme des gurudwara avait constitué un défi majeur à la domination britannique en montrant qu’une révolte populaire
pouvait faire plier les autorités. Cependant, la lutte avait profondément divisé la société du Pendjab. Dans les années suivantes,
de nouvelles tensions éclatèrent au grand jour entre les sikhs, les hindous et les musulmans, majoritaires dans la région.
Ces conflits s’intensifièrent à tel point que la partition était devenue inévitable à la fin de l’occupation britannique en 1947.
Ce processus se déroula dans un climat de violence extrême. Le Pendjab fut réparti entre l’Inde et le Pakistan, ce qui déclencha
de terribles affrontements entre les communautés. Il y eut 250 000 morts et 10 millions de réfugiés furent contraints de fuir leur
région parce qu’ils se trouvaient du mauvais côté de la ligne de partage.
Les sikhs et les hindous du Pendjab s’étaient rangés du même côté pour combattre les musulmans en 1947,
mais les tensions entre les deux communautés alliées continuèrent de s’accentuer.
En 1966, une nouvelle répartition eut lieu entre le Pendjab, à majorité sikh, et le Haryana, dominé par les hindous.
Ce partage ne régla pas les vieilles querelles entre les deux confessions.
Au début des années 1980, ces conflits furent exploités par un prédicateur charismatique du nom de Sant Jarnail Singh Bhindranwale.
Celui-ci proclamait que tous les problèmes du Pendjab provenaient de la domination hindoue et que l’unique solution qui s’imposait
était un retour à un régime inspiré des règles khalsa, au sein d’un nouvel État indépendant, le Khalistan.
Ces arguments commencèrent à attirer une foule enthousiaste de partisans recrutés parmi deux populations distinctes :
les étudiants chômeurs et les paysans du Jat dépossédés de leurs terres.
La grande majorité des sikhs se montraient méfiants à l’égard du fanatisme grandissant de Jarnail Singh, mais les disciples de celui-ci répondirent à
l’appel de leur maître en multipliant les exactions. La situation devenait chaotique et extrêmement dangereuse.
Jarnail Singh finit par se réfugier dans l’enceinte du temple d’Or.
Le 6 juin 1984, l’armée indienne encercla le temple d’Or et lança l’assaut.
La résistance fut plus importante que prévu et l’armée faillit perdre le contrôle de ses soldats.
Il se passa deux jours avant que Bhindranwale soit finalement tué ; des centaines de pèlerins avaient été mitraillés dans
le périmètre de la piscine sacrée et de l’Akal Takht, le deuxième lieu saint après le temple d’Or, lui-même détruit par des obus.
L’ordre était restauré, mais les sikhs avaient vécu cette attaque comme un terrible sacrilège. Bien que la plupart d’entre eux aient
considéré précédemment les thèses de Bhindranwale avec scepticisme, ils élevèrent celui-ci à la dignité de shahid, ou martyr de la cause sikh.
La fracture entre sikhs et hindous se creusa encore davantage, précipitant les événements chaotiques.
En novembre 1984, le Premier ministre indien Indira Gandhi était assassinée par deux de ses gardes sikhs.
Des émeutes éclatèrent dans les rues de Delhi, faisant 2 000 morts chez les sikhs.
Le Pendjab devint le théâtre de violences effrénées lorsque les forces de l’ordre décidèrent de lancer une campagne pour traquer les
« extrémistes ».
Bon nombre de sikhs réagirent à cette attaque en s’armant et en prenant le maquis. Dans les années suivantes, plusieurs dizaines de milliers de
personnes furent tuées tant par les extrémistes que par la police.
Malgré cette situation proche de la guerre civile qui régna dans le Pendjab,
une nouvelle ère de paix instable s’annonçait au début de la décennie 1990. Les méthodes brutales des forces de police,
dont la plupart des officiers étaient sikhs eux-mêmes, leur avaient fait perdre presque toute crédibilité aux yeux de la population.
D’un autre côté, les militants, qui avaient su gagner, au départ, l’appui des paysans sikhs, avaient progressivement sapé leur propre
cause en raison de leur extrémisme et de leurs violences criminelles. Vers le milieu des années 1990, le Pendjab avait retrouvé un état
de calme relatif qu’il n’avait pas connu depuis plus de dix ans.