
Le jaïnisme, ou jinisme, du sanskrit Jina « vainqueur », est une religion (en précisant que le mot religion se
traduit en Inde par dharma, un mot largement polysémique qui signifie autant « foi »,
« religion »,
« vertu » que « devoir »,
« nature propre », « bonne action »...), un chemin spirituel qui insiste sur
les concepts d'ahimsa (non-violence) et de karma et qui met l'accent sur l'ascétisme.
Il ne commence pas, à l'image du bouddhisme, comme un mouvement de réforme à l'intérieur de l'hindouisme,
car c'est une religion traditionnelle qui vient de la plus haute antiquité, mais devient une religion d'importance,
telle que nous la connaissons aujourd'hui dans ses grandes lignes, au cours du VIe siècle av. J.-C..
Avec seulement 4 millions de croyants, le jaïnisme est la plus petite des 10 religions principales du monde,
mais en Inde, les jaïns sont surreprésentés dans les secteurs économique et politique.
Les jaïns sont une force significative dans la culture de l'Inde, contribuant à la philosophie, à l'art,
à l'architecture, aux sciences et aussi à la politique au travers de Gandhi et donc à l'indépendance de l'Inde.
C'est la rigueur avec laquelle les adeptes suivent les préceptes du jaïnisme, et
l'éthique qui en découle, qui leur a donné une surreprésentation dans les milieux
politiques et des affaires au sein de la communauté indienne.
Le temple jaïn d'Anvers à Wilkrijk est ainsi le plus grand hors d'Inde,
et a été entièrement financé par les riches familles indiennes jaïnes actives dans le commerce diamantaire anversois.
Le jaïnisme est une religion de l'Inde principalement concentrée dans le Gujarat et le Rajasthan, certaines parties de Bombay, et dans l'État de Karnataka (Mysore), ainsi que dans les plus grandes villes de la péninsule indienne. Les adeptes du jaïnisme étaient à peu près 3,7 millions au début des années 1990, mais l'influence qu'ils exercent sur la communauté à prédominance hindoue dépasse largement leur nombre ; ils sont surtout commerçants et leur richesse et leur autorité ont fait de leur secte relativement petite l'une des plus importantes des religions indiennes existantes.
Le jaïnisme présente quelques ressemblances avec le bouddhisme, dont il fut un important rival en Inde.
Il fut fondé par Vardhamana Jnatiputra ou Nataputta Mahavira (599-527 av. J.-C.), appelé Jina (Conquérant spirituel),
un contemporain du Bouddha. Comme les bouddhistes, les jaina renient l'origine divine et l'autorité des Veda et vénèrent
certains saints, prêcheurs de la doctrine jaina dans un passé très ancien, qu'ils appellent tirthankaras
(« prophètes ou fondateurs de la voie »).
Ces saints sont des âmes libérées qui furent autrefois emprisonnées mais devinrent libres,
parfaites et bienheureuses grâce à leurs propres efforts ; ils offrent de sauver l'individu
de l'océan de l'existence phénoménale et du cycle des renaissances.
Mahavira est censé avoir été le 24e Tirthankara.
Comme les membres de la secte apparentée, le brahmanisme, les jaina admettent, en pratique, l'institution de castes,
exécutent seize rites fondamentaux, appelés samskaras, prescrits pour les trois premières varna (castes) d'hindous et
reconnaissent certaines divinités mineures du panthéon hindou ; néanmoins, leur religion, comme le bouddhisme, est essentiellement athée.
La doctrine de deux catégories éternelles, coexistantes et indépendantes appelées jiva
(âme vivante, animée : celui qui profite) et ajiva (objet non vivant, inanimé : ce dont on profite),
est fondamentale pour le jaïnisme. Les jaina pensent en outre que les actes de l'esprit, de la parole
et du corps produisent un karma subtil (des particules de matières infra-atomiques), qui sont la cause
de l'enchaînement de l'âme et qu'il faut éviter la violence pour ne pas blesser la vie.
La matière karmique est censée être la cause de l'incarnation de l'âme ; le salut (mokhsa)
ne peut être obtenu qu'en libérant l'âme du karma par la pratique des trois « joyaux » :
une foi juste, une connaissance juste et un comportement juste.
Ces principes sont communs à tous, mais les obligations religieuses sont différentes pour les ordres monastiques
(dont les membres sont appelés yatis) et les laïcs (sravakas). Les yatis doivent observer cinq grands vœux (panca-mahavrata) :
le refus de blesser (ahimsa), la véracité (satya), le refus de voler (asteya), la chasteté (brahmacarya) et le refus d'accepter
des dons superflus (aparigraha). En pratiquant la doctrine de la non-violence, ils portent le respect de la vie animale à ses plus
extrêmes limites ; le yati de la secte svetambara, par exemple, porte un tissu devant sa bouche pour éviter que les insectes n'y
pénètrent et une brosse pour nettoyer l'endroit où il souhaite s'asseoir, pour écarter du danger toute créature vivante.
L'observation de pratiques non violentes des yatis eut une importante influence sur la philosophie du dirigeant nationaliste
indien Mohandas Karamchand Gandhi. La sravaka laïque, outre son observance des devoirs religieux et moraux, doit vénérer les
saints et ses frères les plus dévots, les yatis.
Les deux principales sectes jaina, les digambara (qui sont vêtus d'air, ou nus) et les svetambara (qui sont vêtus de blanc),
ont rédigé une immense littérature laïque et religieuse en langues prakrit et sanskrit. L'art des jaina, principalement composé
de temples-cavernes décorés de pierres sculptées et de manuscrits enluminés, suit généralement le modèle bouddhiste mais possède
une richesse et une fécondité qui en font l'un des plus remarquables arts indiens. Certaines sectes, en particulier les dhundia et
les lunka, qui rejettent le culte d'images, furent responsables de la destruction de nombreux ouvrages artistiques au XIIe siècle,
tandis que le pillage de nombreux temples dans le nord de l'Inde est dû aux attaques musulmanes. Au XVIIIe siècle, une autre secte
jaina importante fut fondée ; elle faisait preuve d'une inspiration islamique dans son iconoclasme et son rejet du culte dans les temples.
Des rituels complexes furent abandonnés au profit de lieux de cultes austères appelés sthanakas, auxquels la secte doit son nom de sthanakavasi.