
Le bouddhisme est l'un des grands systèmes de pensée et d'action orientaux.
Il compterait aujourd'hui environ 376 millions d'adeptes, ou jusqu'à 500 millions selon d'autres sources.
Né en Inde au VIe siècle av. J.-C., il s'est assez rapidement propagé dans l'ensemble de l'Asie:
vers le Japon en passant par le Tibet et la Chine; vers l'Indonésie en passant par la péninsule indochinoise;
et aussi vers l'ouest, où il fut freiné par le Christianisme, et plus tard par l'Islam.
Alexandre le Grand le rencontra en Bactriane au IIIe siècle av. J.-C. Au IIe siècle av.
J.-C., selon le treizième édit de l'empereur indien Ashoka, ce dernier aurait envoyé des
missions bouddhistes jusqu'en Grèce, dont on n'a plus de trace.
C'est à l'empire Maurya, dont Ashoka, qu'on doit le grand essor civilisationnel du bouddhisme indien.
Finalement, suite à un lent déclin, le bouddhisme fut éradiqué de l'Inde, son berceau, par la revitalisation
de l'hindouisme à partir du IXe siècle, et les invasions musulmanes, à partir du XIe siècle.
Il pénètre progressivement en Occident depuis le XIXe siècle, mais sa propagation y subit
une accélération depuis 1950 environ, avec l'arrivée de maîtres Zen et Tibétains notamment,
où il séduit par la variété de ses pratiques et approches.
La lignée Kagyü, Kagyu ou Kagyupa est l'une des 5 grandes traditions contemporaines du bouddhisme tibétain.
Son nom peut se traduire par « transmission orale ». Elle s’est constituée au XIe siècle à partir d’enseignements
indiens récemment importés et s'est rapidement divisée en de nombreuses branches, dont quatre restent notables au XXIe siècle.
Les plus importantes sont Karma Kagyu (Karma Bka'-brgyud-pa), la mieux implantée en dehors des régions himalayennes,
avec à sa tête le Karmapa, et Droukpa Kagyu ('Brug-pa Bka'-brgyud-pa), religion officielle du Bhoutan. Drikung Kagyu et
Taklung Kagyu sont deux branches moins développées. Shangpa Kagyu, une branche parallèle disparue au XVIe siècle,
a refait surface au XIXe siècle.
La tradition kagyu fut la première à transmettre l’enseignement du mahamudra, adopté ultérieurement à l’intérieur
du courant gelugpa à l’initiative du 4e Panchen Lama, Lobsang Chökyi Gyalsten (1570-1662), donnant naissance à la tradition Ganden-Kagyu.
La principale tradition kagyu remonte à Marpa le Traducteur (1012-1097), médiateur de la pensée des mahasiddhas (sage)
indiens Tilopa (988-1089) et Naropa (1016-1100). Il fut l’élève direct du dernier, dont il obtint en particulier les quatre
transmissions (bK'n-babs-bzhi) de Tilopa et le mahamudra ou « grand sceau », un des systèmes de techniques de libération propre
au vajrayana, avec le dzogchen. En Inde il étudia aussi auprès de Maitripa, Jnanagarbha et Kukuripa. De retour au Tibet,
il reçut d’Atisha l’enseignement Kadampa, une ancienne tradition sarmapa absorbée ultérieurement par les traditions gelugpa et kagyupa.
Milarepa, son disciple, serait devenu le dépositaire de l’enseignement de la méditation, tandis que d’autres disciples
tels que Choku Dorje, Tsurton Wange et Meton Chenpo auraient reçu son enseignement philosophique. Ces deux traditions de méditation
(sGub-grva) et de philosophie (bShad-grva) sont maintenues dans les monastères kagyu.
Parmi les nombreux disciples de Milarepa, Gampopa (1079-1153) et Rechung Dorje Drakpa ou Rechungpa (1084-1161)
sont chacun à l’origine d’une branche de kagyu. Celle de Rechungpa, Rechung Kagyu ou Dechog Nyangyud, « tradition orale de Dechog »
(déité), a disparu en tant que lignée indépendante, mais son enseignement a été repris par Drukpa Kagyu et le groupe Surmang de Karma Kagyu.
Gampopa, dépositaire du mahamudra et des six yogas de Naropa, fonda Dakpo Kagyu, lignée-mère qui se divisa
rapidement en 4 branches fondées par trois disciples directs et un disciple de deuxième génération.
Il existe également une branche parallèle nommée Shangpa Kagyu, se rattachant non à Marpa mais à Khyungpo Nèldjor (978 ?-1079 ?),
yogi et traducteur originaire de Nyemo Ramang (Tibet central), issu comme Milarepa du clan Khyung. Il se rendit au Népal
où il eut pour maître Acharya Sumati, puis en Inde où il reçut l’enseignement de Maitreta, Rahulagupta et des dakinis Sukhasiddha et
Niguma ; cette dernière est présentée selon les sources comme la sœur ou la parèdre de Naropa. De retour au Tibet,
il prononça ses vœux auprès de Langri Thangpa, maître kadampa. La branche shangpa fonda des monastères à Phenyul et à
Shang (Tsang), d’où son nom.
La transmission ésotérique se fit directement de maître à un seul élève pendant sept générations jusqu'à Sangye Tönpa
(1213-1285), et c'est à compter de son disciple Tsultrim Gompo que les enseignements se sont plus largement répandus. Au XIXe siècle,
Jamgon Kongtrul Lodrö Taye, l’un des fondateurs du mouvement non-sectaire rimé, lui consacra un volume de son Trésor des instructions orales
(gdams ngag mdzod) et en relança la transmission. C'est l'une de ses "émanations", Kyabje Kalou Rinpoché (1903-1989),
qui a fondé plusieurs centres dans le monde à partir de Sonada en Inde, notamment le "Temple des Mille Bouddhas"
Dashang-Kagyu Ling en Bourgogne en 1987. Son tulku (ou "réincarnation") Yangsi Kalou, né en 1990, a depuis pris
la succession, assisté par son régent Kyabje Bokar Rinpoche décédé en 2007.
Hormis le canon tibétain rassemblé dans le Kanjur et le Tanjur les différents courants kagyu se basent sur des
textes plus spécifiques, comme ceux attribués à Marpa, Milarepa (Les cent mille chants), Gampopa
(Le Précieux ornement de la libération), Drikhung Kyöppa Jigten Sumgön, Drukpa Kunkhyen et Pema Karpo, ainsi que
les différents Karmapas. Jamgon Kongtrul Lodrö Taye (1813-1899) l’un des fondateurs du mouvement œcuménique rimé, a compilé
le Trésor des mantras kagyu, rassemblant l’essentiel des enseignement, onctions et sadhanas (méditations).
Comme toutes les lignées du vajrayana, kagyupa enseigne la voie tantrique dite « voie des upayas » (thabs lam),
qui propose différents yogas formant une progression graduelle. Les yidams principaux sont Cakrasambhava et sa parèdre
Vajrayogini ou Vajravarahi, les principaux dharmapalas sont Dorje Bernakchen et Palden Lhamo, avec des différences possibles
selon les courants ; ainsi, Chagdrupa est un dharmapala plus spécifique à la lignée Shangpa. Une spécificité de kagyupa est
le système des six yogas de Naropa (nA ro chos drug) employé dans la phase de complétion des anuttarayoga-mères. L’adibuddha est Vajradhara.
Kagyu transmet également une voie de libération (grol lam) non tantrique en quatre stades : les quatre yogas du mahamudra
(phyag rgya chen po), repris par une partie du courant gelugpa.