Effectuons une petite comparaison des définitions proposées par le dictionnaire et par la franc-maçonnerie (telle qu’elle se définit selon l’article premier de ses statuts, dans la version de 1871, qui n’a jamais été modifiée).
~ franc-maçonnerie : « n.f. Association philosophique, autrefois secrète, répandue en Europe
et en Amérique » Cette première définition est particulièrement réductrice. En effet, elle situe géographiquement
l’Association franc-maçonne à l’Europe et l’Amérique, alors que la franc-maçonnerie est répandue
dans le monde entier.
~ franc-maçonnerie : « Association initiatique universelle qui n’est pas secrète mais fermée,
fondée sur la fraternité et visant à réunir les hommes par delà leurs différences. […] »
Dans cette définition, par contre, apparaissent plusieurs indications importantes sur la philosophie
développée par la franc-maçonnerie.
Le Grand Orient Belge, l’obédience la plus ancienne chez nous, en donne la définition suivante :
« La Franc-Maçonnerie, institution cosmopolite et progressive, a pour objet la recherche de
la vérité et le perfectionnement de l’humanité. Elle se fonde sur la liberté et la tolérance ;
elle ne formule ou n’invoque aucun dogme… Elle forme une société d’hommes probes qui,
liés par des sentiments de liberté, d’égalité et de fraternité, travaillent individuellement et
en commun, au progrès social et exercent ainsi la bienfaisance dans le sens le plus étendu. »
De ces 3 définitions, retenons que la franc-maçonnerie est une institution :
~ initiatique, universelle et fraternelle,
~ qui n’est pas secrète mais fermée,
~ dont le but est la recherche de la vérité et le perfectionnement de l’humanité.

Des centaines de légendes circulent sur les origines de la franc-maçonnerie. Mon objectif n’est pas d’y faire référence mais de développer la plus connue,
« la légende d’Hiram ».
Hiram Abif (maçon), « rempli de sagesse, d'intelligence et de connaissance » fait référence à un personnage biblique, présent dans le Premier Livre des Rois et dans le Livre des Chroniques. Sa grande maîtrise des techniques de construction et ses nombreuses qualités humaines lui valurent d’être choisi par Hiram Ier, roi de Tyr, comme architecte du Temple du Roi Salomon. D'après le récit mythique, Hiram (ou Hiram Abif) fut assassiné pendant les travaux du Temple par trois compagnons pour avoir refusé de leur donner les mots de reconnaissance des maîtres.
Lors d’une ronde nocturne, Hiram se heurta, tour à tour, à chacun d’eux. Ils lui demandèrent de délivrer les « mots et attouchements » qui leur permettraient d’être reconnus en tant que maîtres. Mais les ouvriers assassinèrent Hiram en le frappant avec leurs outils :
« marteaux, ciseaux, compas… » ; sa dépouille fut découverte sous un acacia. Depuis, le Temple reste inachevé et les maçons sont censés travailler à son parachèvement constant, recherchant la parole perdue du maître. La franc-maçonnerie va récupérer cette légende qui va signer le récit fondateur de l’Institution.
La lecture allégorique du mythe montre qu’Hiram perd sa vie physique (la gorge), sa vie sentimentale (le cœur) et sa vie spirituelle (le front), à cause de l'Ignorance, de l'Hypocrisie et de l'Envie que figurent ses trois assassins. Il renaîtra (acacia) grâce à ses qualités contradictoires (antithétiques) : le Savoir, la Tolérance et le Détachement. C’est à partir du XVIIIe siècle que la vie et la mort d’Hiram, enrichies par les légendes, deviennent un mythe initiatique qui inspire le rituel maçonnique et qui signe le récit fondateur de l’Institution.

Honore le Grand Architecte de l'Univers.
Aime ton prochain.
Ne fais point le mal.
Fais le bien.
Laisse parler les hommes.
Le vrai culte du Grand Architecte consiste dans les bonnes moeurs.
Fais donc le bien pour l'amour du bien lui-même.
Tiens toujours ton âme dans un état pur pour paraître dignement devant le Grand Architecte de l'Univers, qui est Dieu.
Estime les bons, plains les faibles, fuis les méchants mais ne hais personne.
Parle sobrement avec les grands, prudemment avec tes égaux, sincèrement avec tes amis, doucement avec les petits, tendrement avec les pauvres.
Ne flatte point ton frère: c'est une trahison. Si ton frère te flatte, crains qu'il ne te corrompe.
Écoute toujours la voix de ta conscience.
Sois le père des pauvres: chaque soupir que ta dureté leur arrachera augmentera le nombre de malédictions qui tomberont sur ta tête.
Respecte l'étranger voyageur; aide-le, sa personne est sacrée pour toi.
Évite les querelles; préviens les insultes, mets toujours la raison de ton côté.
Respecte les femmes; n'abuse jamais de leur faiblesse et meurs plutôt que de les déshonorer.
Si le Grand Architecte te donne un fils, remercie-le, mais tremble sur le dépôt qu'il te confie!
Sois pour cet enfant l'image de la Divinité.
Fais que jusqu'à dix ans il te craigne, que jusqu'à vingt il t'aime, que jusqu'à ta mort il te respecte.
Jusqu'à dix ans, sois son maître, jusqu'à vingt ans, son père, jusqu'à la mort, son ami.
Pense à lui donner de bons principes plutôt que de belles manières; qu'il te doive une droiture éclairée, et non pas une frivole élégance.
Fais-le honnête homme plutôt qu'habile homme.
Si tu rougis de ton état, c'est orgueil; songe que ce n'est pas ta place qui t'honore ou te dégrade, mais la façon dont tu l'exerces.
Lis et profite; vois et imite; réfléchis et travaille; rapporter tout à l'utilité de tes frères, c'est travailler pour toi-même.
Sois content de tout, partout et avec tout.
Réjouis-toi de la justice, courrouce-toi contre l'iniquité, souffre sans te plaindre.
Ne juge pas légèrement les actions des hommes, ne blâme point et loue encore moins; c'est au Grand Architecte de l'Univers qui sonde les coeurs à apprécier son ouvrage.

Jusqu'à une période relativement récente, l’essentiel de l’historiographie maçonnique était confiée à des personnes non spécialistes.
Celles-ci faisaient, dès lors, la part belle aux fables, mythes et légendes. Tout cela a engendré le problème que nous
connaissons aujourd’hui : il n’existe aucune preuve historique qui puisse attester de l’origine de la franc-maçonnerie.
Les francs-maçons étant les seuls à travailler sur leur histoire, ils ont laissé au monde extérieur et profane
la possibilité de dire et répéter n’importe quoi sur leurs origines. Cela a conduit les intellectuels et
les universitaires à se méfier de ce domaine de recherche.
Ainsi, plusieurs possibilités concernant la genèse de la franc-maçonnerie peuvent être trouvées. Parmi celles-ci,
citons notamment la descendance d’Adam et Ève ou celle des Templiers, des Rose-Croix ou encore celle des bâtisseurs
de cathédrale, etc.
Sans vouloir m’étendre sur les origines, il est nécessaire toutefois, pour la bonne compréhension du
texte et pour l’éclairage que cela peut apporter à certains commentaires et choix, de relever, dans
l’histoire franc-maçonne, deux périodes bien distinctes :
~ la période opérative,
~ la période spéculative.
Vers le XIème siècle fut vraiment l’époque des bâtisseurs de cathédrales. Ces hommes se sont regroupés en associations professionnelles ou en corporations. On parlait alors de « franc-mestier » , principalement en France.
Ses bâtisseurs se réunissaient dans une sorte de petite cabane sur le chantier, adossée à l’édifice en construction et appelée « Loge » . Là, ils recevaient leurs salaires et donnaient lieu à des cérémonies, comme par exemple
lorsque les ouvriers recevaient un « apprenti » , où lorsque l’apprenti était reçu « compagnon » , après 7 ans d’expérience dans le métier.
Durant ces cérémonies, le maître du chantier transmettait au néophyte les secrets du métier, ainsi que les signes et mots qui permettaient aux ouvriers de se reconnaître entre eux, lorsqu’ils passaient sur un autre chantier.
La franc-maçonnerie opérative devint donc très vite prestigieuse et très attractive, notamment pour certains savants et autres érudits qui, en quête de nouvelles connaissances réussirent à se faire admettre en loge.
Vers la fin du XVIème siècle et au cours du XVIIème les associations de maçons perdirent de leur puissance. Aussi,
dans le but de garder leur prestige, les loges opératives acceptent, à titre honorifique, des personnes étrangères
au métier de maçon. C’est ainsi que clercs, seigneurs, nobles, riches bourgeois, personnages influents rejoignent
les rangs franc-maçonniques, apportant, selon le cas, connaissances, prestige, protection ou encore espèces sonnantes et trébuchantes.
De plus en plus nombreux dans les loges, les « Acceptés » - ceux qui ne travaillent pas la pierre – seraient à l’origine
de la mutation de la « maçonnerie », les spéculatifs supplantant au fil du temps les opératifs.
Ces spéculatifs gardent cependant l’héritage des maçons opératifs, leurs outils devenant les symboles appelés à tailler les consciences plutôt que la pierre.
Elle est officiellement née le 24 juin 1717, jour de la Saint Jean, avec la date de la création de la Grande Loge de Londres,
elle-même composée de 4 loges dont les membres sont des maçons acceptés. Les membres de ces loges se réunirent dans une taverne :
« The Goose and Gridiron », littéralement « L’Oie et le Grill ».
On ne sait rien de précis de cette réunion, hormis un récit peut-être en partie reconstruit par James ANDERSON, vingt ans plus tard.
Toujours est-il que cette loge sera la 1ère obédience maçonnique, c'est-à-dire le 1er groupement de loge au sein
d’une fédération. Certaines refuseront de se ranger sous la bannière de la loge de Londres, aussi on verra se
créer d’autres loges telle que celle d’York en 1753.
Ainsi, la franc-maçonnerie spéculative se veut plus « philosophique », comparée à la période opérative, dite
« de métier ». Ce qui fait que d’une structure d’entraide pourvoyant à ses membres une aide temporaire, la loge
de Londres va s’affirmer en incluant dans ses rangs des nobles, scientifiques et gentilshommes, afin de devenir
une société plus intellectuelle, composée d’intellectuels.
Puis, en 1719, Jean Théophile DESAGULIER est nommé Grand Maître de la Grande Loge de Londres. Il chargera (en 1721)
le pasteur James ANDERSON, de collationner les obligations des maçons « opératifs », les « Old Charges », afin de les
mettre en ordre dans une nouvelle et meilleure méthode.
Celle-ci verra le jour en 1723 grâce à Anderson et l’aide de 14 autres frères, elle sera publié sous le titre de :
« The Constitution of the Free-maçons », mais l’on appelle ces règles plus communément « les Constitutions d’Anderson ».
C’est dans ces constitutions qu’un lien définitif sera tissé entre les nouveaux maçons spéculatifs et la maçonnerie opérative.
D’une société composée d’intellectuels, elle deviendra une véritable institution, dotée d’une réglementation et d’une histoire,
se consolidant tant par ses structures que par ses membres. C'est à partir de cette Grande Loge que la franc-maçonnerie
se répand, en une vingtaine d'années, dans toute l'Europe, puis progressivement dans l'ensemble des colonies européennes,
ce qui inclut l'Amérique, l'Australie et une bonne partie de l'Afrique et de l'Asie.
En Angleterre, plusieurs loges refusent de rejoindre la Grande Loge de Londres et préfèrent se fédérer en nouvelles obédiences,
telle celle d’York, créée en 1753.
Le regroupement de loges en obédiences maçonniques marque un tournant et s’accompagne d’une relative perte de liberté de
chacune des loges, celles-ci acceptant de se conformer aux règles particulières de leur fédération (la Grande Loge).
La première loge connue et distincte de la maçonnerie opérative, n’est autre que la loge Chapelle de Marie (Mary’s Chapel).
Elle fut fondée en 1559, à Edimbourg en Écosse. C’est avec cette même loge, que Jean Théophile DESAGULIER va prendre contact
et ce quelque mois avant la demande de rédaction des constitutions d’ANDERSON.
Une autre hypothèse s’impose alors, DESAGULIER n’aurait-il pas confié la rédaction de ces constitutions à James Anderson
(un écossais), tant pour ses talents d’écrivain que pour sa connaissance de la maçonnerie écossaise ?
Ce qui explique pourquoi les « Constitutions » semblent être empruntes des traditions et rites écossais qui proviennent
d’un milieu de toute évidence plus ancien que les loges anglaises.
L’antimaçonnisme est l’attitude de méfiance, de critique, voire d’hostilité envers la franc-maçonnerie. Il est principalement
nourri par les idées fausses, la méfiance envers le « secret » gardé sous serment, la défiance envers l’ésotérisme et
par la crainte plus générale des « sociétés dites secrètes ».
Ce courant est presque aussi ancien que la branche spéculative de la maçonnerie, mais à l’époque on se moquait encore
gentiment des maçons. Il résulte en grande partie des caractéristiques mêmes de la maçonnerie : élitisme, secret,
hiérarchie, système de réseaux, esprit libéral, idées progressistes.
Si la maçonnerie provoque de la méfiance chez certaines personnes, le grand public lui manifeste souvent de l’indifférence ou de la raillerie.
Toutefois, un antimaçonnisme doctrinaire va se propager par l’intermédiaire des mouvements religieux, de l’extrême droite et
de tout régime totalitaire. L’histoire de l’antimaçonnisme est souvent liée à l’Église catholique qui la condamna à plusieurs
reprises en tant que telle. C’est surtout au milieu du 18ème siècle qu’il va prendre toute son ampleur, par la publication
à Amsterdam de deux livres de l’Abbé LARUDAN :
- « L’Ordre des Franc-Maçons trahi et leur secret révélé » (1745).
- « Les Francs-maçons écrasés » (1747).
Vont suivre les « Mémoires pour servir à l’histoire du jacobinisme » (1797-1798), cinq volumes dans lesquels l’Abbé Augustin BARRUEL
tente, entre autres, de démontrer que la révolution française est le résultat d’un complot de la franc-maçonnerie.
Ainsi, la franc-maçonnerie va-t-elle garder longtemps une image révolutionnaire alors qu’elle est très peu engagée dans les
débats politiques de l’époque, s’intéressant surtout aux débats sociaux et aux grandes idées libérales qui traversent l’Europe.
Beaucoup d’absurdités ont été propagées par l’antimaçonnerie comme par exemple le fait que les maçons tuaient des petits
enfants lors de leurs rituels. Gabriel Antoine JOGAND-PAGÈS, (1854 – 1907), plus connu sous le nom de Léo Taxil, est un
des personnages les plus connus de l’antimaçonnisme. Anarchiste, provocateur, coureur, paresseux, il se fait exclure de sa Loge
après avoir publié de nombreux ouvrages provocateurs ou anticléricaux.
Avec l’aide d’un ami maçon, il ouvre une maison d’édition où il publie :
- « Les Frères trois-points » ;
- « Les Soeurs maçonnes » ;
- « La Franc-maçonnerie démasquée » ;
- « L'Antéchrist ou l'origine de la Franc-Maçonnerie ».
Ainsi qu’une quantité d’autres ouvrages dans lesquels il « trahit » les secrets de la maçonnerie,
dévoilant des « rituels horribles »,
des « cérémonies machiavéliques » et des « pratiques sexuelles douteuses ».
Pendant 10 ans, subsidiés par l’Église, il écrit des livres et organise des conférences sur une maçonnerie décrite comme étant au service de Satan.
Finalement, las de cette aventure, alors qu’il est à l’apothéose du succès, il provoque un coup de théâtre (1897)
en expliquant publiquement que ses révélations sont fausses. Il laisse un auditoire épouvanté et un clergé qui en sort ridiculisé.
Au 20ème siècle, le mouvement antimaçonnique s’étend à toute l’Europe. Les « Ligues antimaçonniques » fleurissent et
se spécialisent dans la publication de listes de noms de maçons, avec la participation de la presse.
« Un juif n’est jamais responsable de ses origines. Un franc-maçon l’est toujours de ses choix. ». Cet adage souvent répété
par le Maréchal PETAIN, sous-tend la répression qui s’organise en France, entre 1940 et 1944, sous le régime de Vichy,
avec le soutien de l’occupant allemand.
Commence alors une période de persécution des obédiences maçonniques, de pillage, d’incendie ou de dissolution des loges,
de confiscation des archives et de chasse aux francs-maçons. Des listes entières de noms circulent et entraînent la déportation,
la torture et l’exécution de nombreux maçons. Beaucoup cherchent refuge ou protection en s’engageant dans la Résistance.
Une propagande effrénée contre la franc-maçonnerie se met en place.
En France, le Gouvernement de Vichy crée un commissariat spécial chargé des affaires maçonniques et juives.
Une exposition antimaçonnique est organisée et c’est en 1943 qu’est projeté le film « Forces Occultes »,
réalisé par des français avec l’appui du parti nazi.
Après la période de guerre, l’antimaçonnerie a fortement régressé, la franc-maçonnerie ayant d’énormes difficultés à
se relever et à se restructurer. Il n’existe d’ailleurs plus de « Ligue antimaçonnique » ; quelques livres sont
encore publiés de temps en temps.
L’arrivée d’Internet a donné un nouvel élan aux échanges entre adversaires ou détracteurs de la franc-maçonnerie.
Des sites antimaçonniques fleurissent mais il s’agit, le plus souvent, de faits d’individus plutôt que d’associations
ou de collectivités.